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Enseignant de la conduite, Fabien Colin milite pour un
enseignement de la moto plus proche des réels besoins des futurs motards.
Il veut donner à ses élèves les éléments pour pouvoir utiliser leur
moto dans des conditions de sécurité satisfaisantes. Le point de vue
engagé d’un enseignant passionné.
Que pensez-vous de l'enseignement de la conduite de la moto ?
Il y a une certaine dissonance entre le besoin du futur motard et ce que
les auto-écoles lui proposent. On traite " l'élève moto "
comme un "élève voiture". On lui apprend d'abord la
manipulation de l'engin, vient ensuite la sécurité. Pourtant, ce n'est
pas la même chose la sécurité sur une moto. Il suffit de prendre le
guidon pour s'apercevoir que la protection du motard en cas d'accident est
bien maigre...
Qu'est-ce qui ne va pas ?
La plupart des enseignants moto ne sont pas des motards à l'origine, ils
ont passé une spécialisation deux-roues et se contentent de donner les
bonnes clés pour l'épreuve du permis. Ce n'est pas très difficile de préparer
quelqu'un à l'épreuve de permis moto, il suffit de faire du bachotage.
Les gens apprennent par cœur des fiches de synthèse, mais ont-ils bien
compris qu'il s'agissait d'une réalité à appliquer ensuite dans la
" vraie vie " ? Porter son casque, mettre des gants, des vêtements
adaptés, avoir un comportement de sécurité et de partage de l'espace
routier…
Il y a un problème d'image du motard auprès des jeunes ?
Le futur motard a une représentation assez onirique de la moto, forgée
notamment par les hebdomadaires spécialisés qui valorisent parfois la
transgression, la prise de risques. Par exemple, lors de la présentation
d'une nouvelle moto, il n'est pas rare de voir des photos de l'engin sur
une seule roue. Ou bien le pilote a le genou qui colle à la route, on
montre des photos de deux ou trois motards de front… Le lectorat jeune
s'identifie facilement, on lui vend du cliché à longueur de numéros.
Dans cet imaginaire, se casser, se faire mal, c'est valorisant. La liberté
oui, mais pas celle de transgresser.
Comment faites-vous passer le message de la sécurité routière
?
Je suis affilié à l'ADFM, l'Association de formation des motards, et
nous avons une autre vision. Pour moi, le permis n'est pas l'objectif
premier. Le but est plutôt de leur donner un comportement aussi sûr que
possible sur une moto, travailler sur la représentation, et aussi leur
donner une technicité qui rend la conduite d'une moto plus fiable.
Attention aux réflexes des automobilistes : une moto n'est pas bien vue,
même le phare allumé, et il faut adapter son comportement à l'erreur
possible des autres usagers de la route. Notre boulot n'est pas facile.
Nous devons travailler sur des repères de prise de conscience. Il ne
s'agit pas de faire de la morale, mais de changer l'image que ces jeunes
ont de la moto.
La technique, il faut l'enseigner ou ne pas aller trop loin ?
Certains disent qu'enseigner trop de techniques aux élèves les incite à
prendre plus de risques. La technique, oui, mais si elle aboutit à une
prise de conscience de la difficulté réelle de conduire une moto, même
de petite cylindrée. Je crois aussi que cet apprentissage technique peut
influencer les jeunes dans leur premier achat d'une moto moins puissante,
mais plus facile à maîtriser pour un débutant.
Qu’enseignez-vous à vos élèves sur la cohabitation avec
les autres usagers de la route ?
Le message, c'est la tolérance. Il n'existe pas de motard qui ne soit
aussi automobiliste. Le motard doit comprendre que la voiture qui s'écarte
pour le laisser passer, ce n'est pas un dû. Le motard est un usager de la
route comme les autres. Je ne revendique aucun droit particulier pour les
motards, sauf la prise en compte des spécificités des deuxroues pour
l'aménagement d'infrastructures.
L'image de la moto, c'est aussi la moto plaisir ?
Quand on enseigne la moto, on est souvent confronté à des raisonnements
peu cartésiens. Il faut sans cesse expliquer qu'on peut faire de la moto
tranquillement, qu'on n'est pas obligé de poser le genou par terre à
chaque virage. Et puis faire valoir des arguments positifs : le plaisir de
humer les champignons à 60 km/h dans les bois, dire qu'on s'amuse plus à
prendre un virage en épingle proprement à 30 km/h que de caler le
compteur au-dessus de 200 km/h sur l'autoroute. Ça, c'est à la portée
de n'importe qui ! On peut prendre du plaisir différemment à moto.
La demande des futurs motards a-t-elle évolué ces dernières
années ?
Environ la moitié des élèves est constituée de jeunes de 20-25 ans,
les autres sont plutôt des "quadras" qui réalisent un vieux rêve.
On a perdu un peu de ce public des plus jeunes et on voit arriver des
femmes. Elles sont très demandeuses d'une formation de qualité, alors
que les hommes jeunes veulent un accès rapide au permis. Accélérer les
formations ? Fréquenter les circuits ? Je suis contre, car cela donne
l'envie de vitesse. Je ne crois pas à l'importance d'un exutoire dans le
cadre du permis de conduire. Le circuit, c'est du sport, il y a des fédérations
sportives pour ça. Sur la route, il y a des règles à respecter. Certes,
on n'empêchera pas un gamin de les transgresser, mais on doit lui
expliquer que c'est une erreur de le faire. L'enseignant ne peut pas être
complice de ça.
En quoi votre expérience d’IDSR inspecteur départemental
de sécurité routière.nourrit-elle votre enseignement ?
Elle apporte une certaine connaissance du terrain, grâce au travail mené
avec les enquêtes et à la richesse des contacts avec les autres
intervenants. Ce sont aussi des exemples concrets pour en parler avec les
élèves. Ce n'est pas facile de faire passer le discours sur la sécurité,
alors on parle d'accidents graves qui se sont produits à proximité. Cela
en fait réfléchir certains.
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